Je me suis habituée aux insectes depuis que je les vois comme des bijoux. L’araignée, seule, garde intact son pouvoir de terreur et de fascination. C’est l’animal sacré, par excellence.

J’assemble des bricoles, sans certitudes mais avec beaucoup de persévérance. Voilà ce que signifie pour moi bricoler. En dehors de ça, je suis malheureusement incapable d’assembler deux planches entre elles.

J’aime les cadres, les enclos et les cloîtres. Je ne suis pas comme la chèvre de M. Seguin. J’ai besoin de limites, de frontières : étrangement, je m’y sens plus libre.

Je vis en paix entourée de Madones et de Crucifix ; j’aimerais finir mes jours dans un reliquaire ; les récits de miracles me font pleurer, même si je n’y crois pas vraiment. Je suis dévote, à ma façon : j’aime les histoires et les objets qui aident à accepter la mort.

Les épines de la couronne du Christ, celles qui font saigner les doigts de Blanche-Neige et protègent des curieux les châteaux endormis : elles valent la peine qu’on se pique pour les récolter.

Quand je colle des objets, une fois leur place trouvée, j’ai l’impression idiote d’avoir enfin maîtrisé quelque chose.

Porter un autre être dans son corps puis le restituer, transformé. Si une telle chose existe, qu’on ne s’étonne pas, ensuite, de bien des choses étranges.

Pour simplifier, je dis parfois que mes boîtes racontent des histoires. En fait, c’est faux. J’ai du mal à retenir les histoires, et je n’en ai aucune à raconter. Dans les récits, j’aime surtout les détails, les bribes.

Il paraît que c’est lié à mon signe astrologique : je suis une femme d’intérieur. Pour sortir, je dois me faire violence.

J’ai laissé fuir mon enfance (il a bien fallu). Je n’en ai même pas gardé le goût du jeu. J’adore pourtant mettre en scène des jouets : les jouets parlent du monde des adultes, pour la bonne raison qu’ils ont été créés par des adultes, pour apprendre aux enfants à leur ressembler. L’imaginaire des jouets n’est pas un imaginaire enfantin, ça saute aux yeux. Est-ce une excuse pour en acheter plus pour moi que pour mes enfants ?

Je triche un peu : K pour Kafka, mais en fait c’est à "La Métamorphose" que je pense. Ce livre a beau être assez peu limpide, je me suis dit en le lisant que je voyais très bien, au fond de moi, à quoi il faisait référence. Je dois m’identifier très fortement au personnage principal.

Avec les sciences, j’ai une histoire d’amour très contrariée. Je les rejette tellement que c’en est louche. Je me console en fantasmant sur des laboratoires pleins d’alambics, où l’on invente beaucoup, mais pas grand-chose d’utile.

Je me sens proche des monstres et des chimères. Il y en a toujours un qui traîne dans mes créations. Je me sens tout à fait comme eux – et la plupart des gens : un assemblage très disparate, parfois légèrement effrayant.

Tête de noix n’est pas une insulte à mes yeux. Les noix sont des fruits fascinants : on dirait des cerveaux dans des coquilles. Le fait d’avoir à les casser pour les manger leur donne quelque chose de précieux.

Si j’étais philosophe – ce qui est loin d’être le cas- je me demanderais peut-être pourquoi je m’entoure plus d’objets que de sujets. Au lieu de ça, j’accumule les objets presque frénétiquement, dans l’espoir de les transformer (parfois je les garde des années avant de m’en servir).

Ce qui est petit est pratique, c’est-à-dire, pour moi, praticable.

En classe, il fallait toujours savoir poser la « bonne » question. Du coup, je ne levais jamais le doigt. Aujourd’hui j’ai le droit de poser des questions naïves, ou subalternes. Et je ne m’en prive pas.

S’exprimer « au moyens de choses ». Les objets que j’assemble ont, ensemble, quelque chose à me dire.

Sorcière aurait pu être un bon métier pour moi, si j’avais cru en mes pouvoirs.

La capacité qu’ont les gens et les choses de se transformer est ce qui me fascine le plus. C’est à la fois angoissant et très rassurant, cette idée que rien n’est irrémédiable.

Ce que j’aime dans les objets chinés, ce n’est pas leur aspect vieillot, ni le fait qu’ils aient « une histoire ». J’aime l’idée de les avoir trouvés par un enchaînement de hasards qui les rend uniques, hors contexte, presque impossibles à retrouver.

Mieux je connais le verre, et plus je l’aime. C’est le plus beau des matériaux. Il préserve du monde tout en laissant passer les regards et la lumière. Il est difficile à rayer, impossible à tacher, d’une dureté et d’une résistance étonnantes. On peut en faire ce qu’on veut : des billes, des cloches , des yeux, des diamants. Il est presque aussi malléable que du plastique ; mais quand il casse, il coupe pour de vrai.

Double-verre (encore plus de plaisir !)

(Rayon) J’adore l’idée qu’on puisse voir à travers les corps. Les radios et les planches d’anatomies sont parmi les images les plus poétiques que je connaisse.

Je tiens à mes yeux, comme à la prunelle de mes yeux. Les yeux m’obsèdent : si je m’écoutais, j’en mettrais partout.

Il a sa cage imprimée sur la peau. Il se promène avec, à son gré.